" />

Nattulga en Mongolie

21 mai 2016

Rafraîchissements du mois de Mai

Samedi 21 mai 2016 :

Une tempête de neige s'est abattu sur notre village... Il y a trois jours, les enfants jouaient en T-shirt et petite culotte dans le jardin, il faisait 25°c, et aujourd'hui, il neige à gros flocons.

La neige m'arrive déjà en haut des cuisses, et ça continue de tomber ce matin. On a estimé que si Sanjaa daignait sortir, on ne verrait plus que sa tête dépasser.

Hier, Tsooj a bravé la tempête pour se rendre à pied au village. Nous n'avions plus rien à manger, il fallait faire quelques emplettes. 1 kilomètre sous le vent et les flocons, avec de la neige jusqu'aux cuisses, ça fortifie la jeunesse. Ne serait-ce que d'aller aux toilettes devient une expédition :=)

DSCF2344

Notre Brutus (mini-van russe 4x4) n'est plus de ce monde hélas, et nous n'avions pas assez de finance pour s'en racheter un autre. Nous avons dû se rabattre sur une berline Toyota qui, pour le coup, est ensevelie sous la neige. Lundi, nous devons nous rendre à l'aéroport de Moron pour accueillir une famille de randonneurs avec trois jeunes enfants, nous allons donc certainement devoir louer un mini-van pour s'y rendre, Tsooj prétend que la neige est molle et que même avec 1 mètre de neige ça devrait le faire. Combien d'heures à l'avance il faudra partir, je ne sais pas...
Heureusement, nous avions prévu du tranquille avec eux vu la période à laquelle ils arrivaient. On ira aider Bataajii à faire le déplacement de son camp d'hiver à son camp d'été, à monter une yourte avec Torjii, se balader dans le coin, cours de cuisine mongole, on a 8 jours de randonnées à cheval mais qui seront certainement éclatés en 2 pour laisser du repos à Hatgal entre deux randonnées.

Bref, les aléas et brusques changements du climat mongol...

Si vous avez chaud en ce moment, voici de quoi vous rafraîchir ; et si vous trouvez que votre mois de mai est plutôt froid, alors visualisez ceci et osez encore dire qu'il fait froid à Paris ;=)

DSCF2317

Image1

DSCF2336Sinon, deux autres photos prises il y a quelques jours. Le lac est encore gelée, et les couleurs vertes du printemps ne sont pas encore arrivées.

DSCF2258-Panorama

DSCF2287

DSCF2273

 

Posté par Nattulga à 03:03 - - Commentaires [5] - Permalien [#]


24 février 2016

Di Carpaccio en Mongolie

Bonjour à tous,

leonardo-dicaprioUne petite news rigolote : cet été, le lac Hovsgol aura le privilège d'accueillir le célèbre Leonardo Di Caprio !

Et oui, pour avoir participé à une enchère au AmfAR new York Gala où il aura dépensé la somme de 95.000 dollars en faveur de la recherche contre le sida, il a droit à une "expédition" de 10 jours au bord du lac avec l'explorateur suédois Johan Ernst Nilson.

Les médias parlent de mise en pratique des techniques de survie utilisées lors du tournage du film The Revenant...
Pour seulement 10 jours, avec un chef cuisinier particulier, des guides locaux et l'explorateur suédois, je doute très fort que sa situation sera inconfortable :=)

Au programme, un repas dans une yourte d'éleveurs, du cheval et une chasse avec faucons. Il ne dormira même pas sous une tente, mais sous une yourte... Petit joueur !
Il ferait mieux de partir avec nous, ce serait plus authentique :=)

J'ai mis Tsooj sur le coup pour qu'il se rencarde auprès de ses potes de Hatgal pour connaître son programme. Et si je le rencontre, chiche, je lui propose de partir en rando avec nous :=)

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Posté par Nattulga à 11:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

24 janvier 2016

Un Père Noël blanc pour la Mongolie

Oui, je sais, vous allez me dire que parler du Père Noël un 24 janvier, c'est un peu tard... Mais bon, je me suis dit que si je voulais vous souhaiter une excellente année 2016 avant le mois de juillet prochain, il fallait que je me grouille un peu :=)

Donc BONNE ANNEE, qu'elle soit belle, remplie d'aventures, de bonheurs et de rêves.

Alors, pourquoi un père noël blanc pour la Mongolie ? Et bien, tout simplement parce que les mongols fêtent la fin d'année grâce à Father Frost ou Old Man Frost (ovolnii khvn) tout de bleu et blanc vêtu.

ovolnii khvnPlus de photos sur la page du site gogo.mn : 100 Father Frost Parade in Bayangol District Ulaanbaatar.

Father Frost est importé de Russie, et distribue ses cadeaux non pas le 25 décembre mais pour la Nouvelle Année. Personnellement, je ne l'ai vu qu'à la capitale Ulaanbaatar, mais la tradition a aussi gagné la campagne (selon Tsooj).
L'arbre de Noël avec boules et guirlandes existe aussi (mais pour fêter la nouvelle année), et c'est souvent la plante verte de la maison qui est utilisée en guise de sapin. Mais Tsooj a déjà été coupé un arbre en forêt pour cette occasion (chut !), et ce n'est sans doute pas le seul à le faire dans les régions forestières en tout cas.

Voici un petit récap sur le Father Frost (Ded Moroz wikipédia) :

4-133329-723053332Ded Moroz apporte des cadeaux aux enfants, mais au Nouvel An et non à Noël (qui n'a plus d'existence officielle et n'est plus férié à l'époque communiste) ; au contraire du père Noël, il les apporte non pas à des personnes, mais à des groupes (Pionniers, Komsomols, Soviets locaux, comités d'entreprise, etc) au cours des réveillons ; il peut aussi les déposer au pied de l'arbre de la nouvelle année, dans les parcs publics. Ded Moroz est accompagné par sa fille Snegurochka (en russe Снегурочка, signifiant « petite fille des neiges » ou « fée des neiges »).

Son apparence traditionnelle est proche de celle du père Noël, avec un grand manteau bleu, parfois blanc ou rouge, des bottes et une longue barbe. Spécifiquement, Ded Moroz porte un manteau trainant, une coiffe ronde en fourrure et des valenki blanches ou de hautes bottes (sapogi) et des ornements argentés. Il marche avec un longue canne magique et ne conduit pas un traîneau tiré par des rennes mais une troïka de chevaux.

J'ai pu lire sur le net que certains pensent que Father Frost a remplacé le "Vieil Homme" traditionnel des danses Tsams bouddhistes (Tsagaan Ovgon, "White Old Man"). Mais ces danses avaient lieu non pas au Nouvel An de notre calendrier mais plutôt au Nouvel An mongol (Tsagaan Sar) qui suit le calendrier lunaire (souvent au mois de février). Je ne dirais donc pas qu'il y a eu remplacement mais plutôt oubli du Vieil Homme bouddhiste...

DSC02522Parlant de ce Vieil Homme, il est le gardien mongol de la vie et de la longévité, symbole de fertilité et prospérité dans le panthéon bouddhiste.
Il existait déjà comme déité paiënne chamanique avant d'être récupéré et intégré dans les croyances bouddhistes. Il est ainsi typiquement d'origine mongole.

Dans les danses Tsam bouddhistes, il apparaît à côté des autres caractères masqués comme Begze, Mahakala et Garuda. Il est le caractère principal de la Danse du Tigre, qui symbolise la transition entre la nouvelle année et l'ancienne (du calendrier lunaire). Il entre sur scène extrêmement affaibli, parfois même devant être porté. Après avoir symboliquement tué un tigre (en tapant une peau de tigre avec un bâton), sa force est renouvelée. Dans certaines versions de ses danses, il passe ensuite parmi les spectateurs pour faire l'aumône ; dans d'autres versions, il commence à boire et ne s'arrête de danser que lorsqu'il est trop imbibé... Je crois plus cette dernière version, car de le transformer en bouffon permettait aux bouddhistes de se moquer de l'ancienne déité chamanique de laquelle il a été inspiré.

A bientôt pour de nouvelles histoires !

Posté par Nattulga à 20:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

26 septembre 2015

"Libérée, délivrée..."

DSCF1443-2Je ne pouvais pas ne pas vous faire part des photos prises aujourd'hui... Il a neigé toute la nuit sur Hatgal et je n'avais jamais vu autant de neige en Mongolie. On en a jusqu'au genou, alors qu'à quelques kilomètres de là au bord du lac par exemple, la neige n'atteint même pas la hauteur d'une chaussure de ville...
Quand je pense qu'il y a 1 mois, on était toujours en T-shirt dehors...

En parlant de ça, profitons en pour parler de la neige et des éleveurs...
Il faut toujours un peu de neige car en hiver il constitue le seul apport en eau pour beaucoup d'éleveurs et leurs troupeaux. Les camps d'hiver ne sont effectivement pas toujours à proximité d'un point d'eau.
Mais il n'en faut pas trop non plus, car les troupeaux n'arriveraient pas à creuser la neige suffisamment profondément pour accéder aux quelques brindilles d'herbe qui se trouvent dessous. Il est bien d'avoir d'ailleurs plusieurs types d'animaux car les chevaux déblaient le terrain pour les bovins qui finissent de déblayer pour les ovins, qui eux arrivent à manger les toutes petites herbes que les mâchoires des deux premiers n'arrivent pas à attraper. Maigre pitance pour les troupeaux me direz-vous, mais c'est la dure existence des troupeaux mongols.
Certes, les éleveurs font du fourrage au mois d'août et début septembre, mais ils le font à la main avec une faux, et il n'y a pas de cultures fourragères. La quantité d'herbe fauchée n'est donc pas suffisante pour assurer une pitance quotidienne aux animaux en hiver.
De plus, cet été, il y a eu une sècheresse ici dans le Hovsgol et l'herbe n'est donc pas excellente, et assez rase. Avec un peu de neige par dessus et sans fourrage, les éleveurs estiment une perte de 50% de leur troupeau ! Ils ont donc tous fourragé à tire-larigot cet été pour réduire les dégâts, je n'avais jamais vu autant de champs coupés.

En tout cas, il faut espérer qu'il n'y aura plus de neige vers le 3 octobre car nous devons rejoindre la capitale en autobus (900 km). Il n'y a plus d'avion qui fait la liaison Moron-UB, donc pas le choix si on veut attraper le 5 notre avion pour Paris... :=)

Je vous laisse, je vais faire un bonhomme de neige avec Naraa... "Libérée, délivrée..., la la la la la la la" (dessin animé "La Reine des Neiges")

DSCF1437-2

DSCF1444-1

DSCF1454-1

DSCF1460-1

DSCF1462-1

DSCF1451-1

Posté par Nattulga à 09:36 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

23 septembre 2015

La fin d'un bel été...

DSCF1421-1Les épines des mélèzes jaunissent, il fait 0°C dehors le matin au réveil, et le feu dans le poêle devient une nécessité. Ce matin, c'est sous cette belle tempête de neige que nous nous sommes réveillés, pour la plus grande joie de Naraa.
La neige... une première pour Sanjaa qui n'était pas très rassuré, et préfère visiblement la voir dans la 'Reine des Neiges' que sous ses pieds.

L'été est bien loin derrière, et cela va être bientôt temps pour nous de faire notre migration d'hiver, direction la Bretagne...

L'été sera passé en un clin d'oeil, j'ai l'impression d'être arrivée hier mais il est déjà temps de repartir. Partir pour mieux revenir...

Un été intense plein de randonnées et de péripéties, et qui a contribué à renforcer encore plus les liens d'amitié entre notre petite troupe : nous et nos guides éleveurs préférés, Zaya, Torjii et Bataajii.

On s'est fait pour la première fois une petite "rando" entre nous, nous sommes allés au camp d'hiver de Torjii pour retourner leur fourrage pour éviter qu'il ne pourrisse à cause des pluies. On en a profité pour chasser la marmotte (en vain), et ramasser des oignons sauvages.

DSCF1359Comme le temps était trop frais pour dormir sous tente, on a squatté la maison en bois du camp d'hiver d'un éleveur quelconque. Ce dernier n'était pas au courant, mais on a ramené un des poêles de nos yourtes et sa cabane nous a abrité pour la nuit bien sympathiquement, malgré les dizaines de souris (ou rats?) qu'elle logeait également.
Torjii a trafiqué un truc avec notre batterie de voiture et l'ampoule avant de sa moto pour que l'on ait une petite lumière pour le soir, et bières et vodka nous ont gaiement tenu compagnie pour une bonne partie de la nuit.DSCF1402
Le lendemain, j'ai épongé ma petite gueule de bois avec trois heures de crapahutage dans la montagne avec Mendee, la femme de Bataajii, pour la cueillette des oignons sauvages.
On s'est dit que l'an prochain, il va falloir que l'on se fasse une vraie randonnée ensemble, quitte à visiter un autre aimag, pourquoi pas le Gobi, et cette fois ci avec toutes les épouses (il manquait Tsengel, la femme de Torjii qui devait surveiller les troupeaux en l'absence de ses deux filles parties à l'école).

Voilà... La fin d'une belle saison, en espérant qu'il y en aura encore bien d'autres...

Maintenant, je vous laisse admirer les meilleures photos de cet été, et mettre un visage sur nos trois lascars Zaya, Torjii et Bataajii. Mais ne vous y trompez pas, c'est encore plus beau en vrai, il faut venir nous voir !

Et quelques photos en vrac faites ces derniers jours :

"L'école" de Naraa (en Grande Section Maternelle cette année) :

DSCF1403

 

La vallée de Torjii en automne :

DSCF1398-1

La vue depuis notre fenêtre ce matin :

DSCF1429

 

Même depuis la Bretagne, je tâcherais de mettre à jour ce blog un peu plus régulièrement (au moins 1 fois par mois peut-être), j'ai quelques idées d'articles...

A bientôt pour de nouvelles aventures !

Posté par Nattulga à 12:06 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


28 août 2015

La chèvre du samedi a encore frappé...

La chèvre du samedi a encore frappé...
(Pour ceux qui ne savent pas de quoi je parle, lisez l'article précédent Maudite soit la chèvre du samedi)

Cette fois ci, c'est Zaya qu'elle a frappé, et plus d'une fois. Après tout, c'est lui qui avait officié la mise à mort et le dépeçage.

En juillet, nous avons fait une rando de 400 km à cheval entre le lac Hovsgol et le lac blanc de l'Arhangai. Les chevaux de Torjii et Zaya devaient être ramenés par camion à leur maison. Epique ! Pour les faire monter dans le camion, cela n'a pas été sans mal. Et un cheval de Zaya s'est fait une vilaine blessure, Canapé, un bon galopeur pie beige et blanc. Heureusement rien de grave. Mais...
Sur la route, un cheval bai de Zaya généralement monté par des enfants (Elise et Youri cette année) réussit à casser la longe qui l'attachait au camion. Belliqueux avec les autres chevaux, il a réussi à se faufiler juste à côté des chevaux de Torjii pour les botter férocement. Mais un de ses sabots s'est pris dans la ferraille du camion. Une fois le camion arrêté, et le temps que Torjii et Zaya arrivent, il avait la jambe salement amochée, tortionnée par les cahots de la piste. Ce n'est qu'une fois examiné par un vétérinaire que l'on était sûr que le cheval était hors de danger, sa jambe n'était pas cassée. Une jambe cassée et le cheval aurait été mis à mort pour récupérer au moins le prix de la viande. Un bon cheval de randonneur, suffisamment sûr pour les enfants, cela aurait été une grande perte. Il ne pourra pas participer à la rando du mois d'août tout du moins, mais sans doute se rétablira.

Résultat des scores : un cheval de Zaya (presque) kaput. Mais ce n'est pas fini pour ce pauvre Zaya...

Dans la nuit du 06 au 07 août, Zaya allait sur sa moto vers le village de Chandman Ondor. Il voulait y acquérir un chien. Le sien venait tout juste de se briser la patte (tiens, comme c'est étrange, un de ses chevaux, puis maintenant son chien...).
Mais pas n'importe lequel des clébards, un chien capable de chasser le sanglier. Un chien à 1 million de tögrög... Une somme énorme, surtout pour un chien. Quelle idée... La dernière fois que Zaya a chassé un sanglier, il s'est fait dénoncer et il a dû payer une forte amende. Mais il en rêvait de ce chien. Il nous en parlait tout le temps lors de notre rando dans l'Arhangai.

Alors, le voici dans la nuit, sur sa moto, à rêver de ce maudit chien... La moto dérape, Zaya tente de se rattraper en mettant un pied à terre. Le choc est immédiat. La fracture est ouverte, l'os sort de la peau, ça pisse le sang, sa jambe est en piteux état. Zaya appelle l'hôpital de Hatgal. Celle ci lui répond que l'ambulance ne se déplacera qu'au matin ! Alors Zaya n'a d'autre choix que de se réfugier chez des éleveurs heureusement tout proche pour attendre le lever du soleil. Une fracture ouverte, ça fait mal... Pour supporter la douleur, Zaya descendra une bouteille de vodka tout seul, faute de médicaments.

Ce n'est que 2 jours après qu'il sera transféré à Moron afin de faire un scanner et des radios. Résultat du score : 2 os brisés, tibia et péroné. Les médecins préfèreraient que Zaya soit transféré à UB car ils soupçonnent que le genou ait aussi trinqué avec la fracture ouverte. Cet imbécile de Zaya n'a pas voulu y aller, les médecins de Moron lui ont donc posé les broches sans autre façon. On était reparti en rando à ce moment là, sinon, on l'aurait envoyé à UB avec un coup de pied dans le derche.

Nous étions là lors de son arrivée à l'hôpital de Moron. L'ambulance de Hatgal est une jeep russe, sans possibilité de s'allonger. Et arrivé à l'hôpital, c'est Tsooj et Uuganaa l'ambulancier qui ont dû lui faire la chaise porteur pour l'emmener au scanner. Pas de brancardiers, et un escalier pour accéder à l'hosto... Tsooj et l'ambulancier ont aussi dû le bouger afin de faire les différents scanners. Pas d'infirmiers non plus ?
Bref, il ne vaut pas mieux compter sur la santé mongole en cas de pépin...

Quoi qu'il en soit, Zaya vient de rentrer dans sa maison à Hatgal. Il en a pour 2 mois sans bouger, pas de béquilles, besoin de quelqu'un pour aller faire ses besoins... Dans 2 mois, il devra refaire un scanner pour voir ce qu'il en est...

Il a l'air d'avoir la pêche pour l'instant encore. Alors qu'il était encore à l'hôpital de Hatgal pour observation, on l'a kidnappé un après-midi pour qu'il passe du temps avec nous au soleil plutôt que dans sa chambre d'hosto. Torjii, Tsooj, Bataajii et Boldoo lui ont tous donné 100.000 MNT chacun pour couvrir les frais d'hospitalisation. Il en pleurait de reconnaissance, et tous avaient la larme à l'oeil. Torjii me dira plus tard qu'il n'avait même pas pleuré à la mort de son père, mais que pour ce con de Zaya, les larmes sont arrivées... Il lui ont rasé la tête car ils trouvaient qu'il avait une coupe à la Jackson Five, et bien sûr, ils ont tous picolé pour fêter les retrouvailles, et le fait qu'il soit encore vivant...
Et oui, le cheval, puis son chien, c'était de très très mauvaise augure. Tsooj me dit que si l'un de ces deux animaux avait trouvé la mort, alors cela voulait dire que Zaya devait aussi mourir... Superstition locale... Ouf !

Ensuite, fallait voir les gars (éméchés eux aussi) transporter Zaya jusque dans notre fourgon, un Zaya mort de rire entre deux 'ouille ouille ouille', et Tsooj au volant (sans doute aussi un peu éméché) en train de négocier les bosses de la piste pour le ramener à l'hosto... J'aurais dû prendre une vidéo, ou au moins des photos...

Le mèdecin a dû faire la tête lorsque Tsooj a ramené Zaya à l'hosto. Il lui était interdit de sortir, et il est revenu 6 heures après, le crâne (mal) rasé, et surtout bien bourré... Il paraît que la vodka est bonne pour les os cassés... La bière, non, c'est trés mauvais à cause du gaz... Médecine mongole, je suppose... :=)

J'aime bien la photo de la tronçonneuse à côté de la jambe... Zaya à peine arrivé, les gars me demandaient un couteau pour scier le plâtre et regarder les broches de Zaya... Je vous rassure, ils ne l'ont pas fait...

Image1

La maudite chèvre...IMG_3557

Quoi qu'il en soit, Zaya va devoir laisser son troupeau à la charge de son frère Olzii. Incapable d'exercer son métier d'éleveur, le gouvernement devrait lui verser une indemnité : peut-être 150.000 MNT par mois, on espère.
Zaya est encore confiant, et dit même que l'été prochain, il est d'attaque pour les randos... Difficile à croire, mais bon, si la volonté est là... Croisons les doigts pour lui, et pour nous, car Zaya est un de nos guides les plus précieux, et il nous manque bien lorsque sa frimousse n'est pas là, et que l'on n'entend plus son rire dans la steppe.

A bientôt, pour de meilleures aventures (j'espère !).

Posté par Nattulga à 12:19 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

12 juillet 2015

Maudite soit la chèvre du samedi

Une maladie qui fait boom, un grand incendie de forêt et la sècheresse, ça fait beaucoup de péripéties pour notre première rando à cheval de l'année...

Chemin faisant, on apprend qu'une maladie équine sévit dans les steppes de Renchinlhumbe, notre destination. Après moult tergiversations, on choisira de ne pas s'attarder dans ses steppes, au cas où une mise en quarantaine serait mise en place. Torjii repartira à Hatgal à moto (12h aller retour) pour aller chercher des vaccins pour nos chevaux. Après une soirée chez sa petite soeur, nous partirons en direction du lac au lieu de s'attarder dans les steppes.
Pour couronner le tout, un grand incendie de forêt sévissait à plusieurs kilomètres de là. Le ciel était blanchi par les fumées emportées par les vents. Alors que nous aurions dû avoir des ciels d'un bleu hallucinant parsemé de nuages majestueux, ravivant les couleurs vertes des steppes, le brouillard fadissait tout.
Et ce n'est pas fini, une sècheresse sévissait depuis 1 mois, les points d'eau se sont fait plus rare rendant l'accès aux bivouacs plus aléatoires ; et comble de tout, les voitures -ces horribles voitures- ont emprunté aussi notre chemin pourtant situé dans la zone strictement protégée de Khoridol : les marécages étaient asséchés et cette piste constitue un gain de temps de 8 h de route pour le village de Renchinlhumbe.

Et tout ça, à cause d'une chèvre !

En effet, notre randonnée démarrait un samedi... Et le samedi, tout comme le mardi, n'est pas un bon jour pour les mongols. On ne tue pas d'animal ce jour là par exemple. Or, nos guides ont quand même décidé d'abattre une chèvre pour qu'on ait de la viande lors de notre périple. Bien mal nous a pris : cette maudite chèvre du samedi a sans aucun doute été la source de tous nos maux :=)

Pour ce qui est de la maladie équine, elle s'appelle le "boom" en mongol. Torjii a ramené deux fioles de Hatgal contenant 400 vaccins. Sur une des bouteilles, une étiquette à moitié déchirée nous apprend, après investigations, que ce serait un vaccin contre la fièvre charbonneuse, qui se transmet notamment par l'air.
Nous avions rencontré 2 cavaliers chemin faisant transportant dans un bout de tissu 600 vaccins, et avec Estelle et Michel nos randonneurs, on se disait que c'était du pipeau, c'est pas deux péquins à cheval qui vont transporter des vaccins sans protection, ces histoires de cordon sanitaire et de mise en quarantaine, c'est du n'importe quoi... Et bien si, c'est juste la Mongolie... :=)
Lorsque Torjii a ramené 400 vaccins sur Renchin avec sa petite moto, il était l'Homme du moment ! Le téléphone sonnait tout le temps, et des cavaliers au triple galop venait le voir pour espérer récupérer quelques uns des vaccins qu'il avait ramené. Jusque là, seulement 12000 vaccins avaient été envoyés à Renchin, il en faudrait le double pour vacciner tous les chevaux de ses steppes.
Le Naadam de Renchinlhumbe a été annulé, pour dire que l'épidémie était grave...

En tout cas, nos chevaux ont été vaccinés et aucun symptôme ne s'est déclaré (à priori, sang dans les selles selon nos guides). Le cordon sanitaire n'a pas été mis en place et donc pas de mise en quarantaine. On a pu donc terminer la rando sans autre problème, ouf !

Pour les news un peu plus réjouissantes :

Naraa a fait la rando pour la première fois toute seule sur un cheval. Auparavant, elle était en "sandaldakh", çàd qu'elle montait avec un guide sur la même selle, avec Torjii notamment. Mais cette année, elle était plutôt enthousiaste à l'idée de monter seule, donc banco, c'est parti. Naraa a joué à la princesse des steppes sur son beau cheval blanc...

Quant à Sanjaa, il jette des cailloux dans l'eau et sur les chèvres, mange tout ce qu'il trouve par terre, va à l'autre bout de la planète dés qu'on met le pied à terre... Mais on ne l'entend pas quand on est à cheval, pas un seul grognement ou pleurnichements, à croire qu'il n'est même pas là ! Bref un ange sur le cheval, un petit démon au bivouac...

Quelques photos pour terminer, et à bientôt pour de nouvelles aventures ;=)

PS : j'ai mis du temps à publier ce message, nous venons effectivement de commencer notre troisième randonnée de l'année.. Je vous raconterais la suite de nos aventures un peu plus tard...

DSCF0674

DSCF0730

DSCF0746

DSCF0630

DSCF0776[1]

Posté par Nattulga à 03:49 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

22 juin 2015

Le nouveau visage de Sanjaa

Bonjour à tous,

De retour en Mongolie, nous avons pu fêter la première coupe de cheveux de notre petit garçon Sanjaa.

Pour plus d'information sur cette cérémonie mongole, vous pouvez lire l'article à ce sujet sur ce blog : Cérémonie de coupe de cheveux. Mais pour résumer, il s'agit de fêter le passage du bébé vers l'enfance en lui coupant les cheveux pour la première fois à l'âge de 2 ans pour les garçons et 3 pour les filles. Chaque guest sera invité à couper une mèche soigneusement conservée dans un petit sac.

J'ai néanmoins appris encore 2 choses à ce sujet :
-  Tsooj m'a dit que les gens adorent ce genre de cérémonie, beaucoup plus qu'un mariage, simplement parce que les enfants sont encore tsagaan (blanc comme neige), et ne pense pas à de mauvaises choses. Bon, je ne suis pas certaine que notre bambin, roi des bêtises en tout genre, soit aussi blanc que cela, mais bon :=)
- Chaque invité coupe une petite mèche et ce n'est que le lendemain que l'enfant est rasé. Pour les invités qui n'avaient pas pu venir ce jour là, il y a une séance de rattrapage pour laquelle on laisse quelques mèches non coupées sur la nuque de l'enfant. Dans notre cas, nous avons bien laissé quelques petites mèches pour que les retardataires puissent avoir quelque chose à couper, mais nous n'avons pas fait complètement la boule à zéro, par souci esthétique et aussi pour lui éviter des coups de soleil et piqûres de moustique intempestives lors de nos randos de cet été.
- Bien sûr, le calendrier lunaire est consulté pour savoir quel jour est propice à la cérémonie. Dans notre cas, nous avions le 19 et le 20 juin, soit le 3e ou 4e jour après la lune morte. Mais le 20 tombait un samedi et visiblement le samedi n'est pas un jour génial. Je le savais déjà pour le mardi où rien n'est entrepris ce jour là, mais pas pour le samedi. Vendredi 19 juin a donc été choisi.

Mais sans plus tarder, voici le nouveau visage de Sanjaa :

DSC4479bis-petit

Et pour rappel de Sanjaa avec des cheveux, voici une belle photo de mon ami Jacko lors de notre passage à Paris :

DSC04322petit

Sinon pour les autres nouvelles, nous sommes ravis d'être de retour dans notre petite maison. Les préparatifs vont bon train : monter les yourtes pour nos randonneurs, répertorier le matériel, faire les travaux annuels - cette année, ce sont de vraies toilettes et l'an prochain, des douches.

Mon moment préféré est lorsque nous discutons avec nos amis éleveurs Zaya, Torjii et Bataajii des randos de l'été : quels chevaux et à qui, selles, etc...

Image1

Et voici une photo de nos chiottes des steppes mongols qui une fois finis seront aussi beaux que des cabines de plages normandes :

Image2

Sinon, nous avons eu la mauvaise surprise de voir la construction d'une énième maison non loin de chez nous. Depuis que nous avons apporté l'électricité en 2012 dans notre coin, 6 ou 7 maisons se sont hélas construites autour. Mais cette fois ci, c'est juste devant notre superbe panorama, sniff...

DSCF0602petit

Voilà pour les news. Et pour finir, voici quelques tofs de la fête des tifs de Sanjaa.

Et profitez de ce message pour vous abonner au blog : bouton "Newsletter" dans le menu à gauche. A bientôt !

Posté par Nattulga à 06:54 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

02 juin 2015

Petite anecdote de Mongolie

Bonjour à tous,

Il y a quelques temps, Naraa a perdu deux petites dents. Vu que nous étions en France, nous avons fait à la mode française, à savoir la petite souris des dents qui la récupère sous l'oreiller en échange d'une petite pièce.

Mais si nous avions été en Mongolie ?

Et bien, il aurait fallu mettre la dent dans un bout de gras, et donner le tout à manger au chien. En échange, le chien t'enverra une nouvelle dent bien solide - très utile notamment pour déguster l'aruul, fromage sec (très sec) mongol.

C'est quand même moins fun qu'en France : Non seulement, le clébard a bouffé ta dent, mais en plus t'as pas de cadeau... Mais je me suis dit que c'était suffisamment intéressant pour avoir sa place sur le blog sous forme de petite anecdote... :=)

A bientôt !

PS : on est de retour dans les steppes le 10 juin, le blog va pouvoir sortir de son hibernation :=)

DSCF0429small

Posté par Nattulga à 18:10 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

19 avril 2015

Esprit es-tu là ? - Le chamanisme en Mongolie

Aie, Aie, Aie, que de temps passé sans nouvelles ! Alors un peu de culture pour se remettre en train !

Les esprits mongols sont sans doute extrêmement désappointés de cette trop longue inactivité sur ce blog, cela mérite alors réparation en leur consacrant cet article que je voulais écrire depuis longtemps.

Mais tout d'abord, je voudrais vous présenter l'auteur qui m'a littéralement plongé dans l'univers du chamanisme mongol : Corine Sombrun. C'est en Mongolie à deux pas de chez nous, qu'elle va apprendre avec stupéfaction qu'elle a des aptitudes au chamanisme, et se prêter à une longue initiation pour devenir maître dans l'art. Elle va nous livrer, non sans humour, ses péripéties d'apprentie élève dans son livre "Mon initiation chez les chamanes". Son excellente bibliographie ne s'arrête pas là, car la suite "Les tribulations d'une chamane à Paris" et "Les esprits de la steppe" sont tout aussi savoureux.

J'avais dévoré ces trois livres, à la lueur de la bougie au chaud près du poêle de ma yourte. C'est avec beaucoup d'humour et d'auto-dérision que Corine nous livre ses expériences dans le monde mystérieux du chamanisme, même les plus personnelles... Et nous sommes très loin de la gentille illuminée en quête d'une énième expérience spirituelle. Les pieds sur terre, elle laisse une grande place au scepticisme et surtout à la science.
C'est cet état d'esprit critique qui m'a permis d'entrevoir, dans le chamanisme mongol, quelquechose de plus troublant qu'un simple beau folklore. Mon mari Tsooj, pourtant issu d'un ancêtre chamanisant et d'une ethnie aussi réputée que les Tsaatans pour leurs talents de chamane (il est darkhad), n'y prête pas grande attention et croit plutôt que la plupart des chamans sont des charlatans, même s'il admet en connaître des "vrais" et très bons dans la région de Renchinlhumbe non loin de chez nous.

Pour introduction, et avant de passer à la longue lecture du reste de l'article, je vous laisse écouter cette très intéressante conférence présentée par Corine :

TEDxParisSalon 2012 - Corine Sombrun - La transe chamanique, capacité du cerveau ?

 

A quoi sert le chamane ?

Si vous avez été de bons élèves et avez bien écouté ce que dit Corine dans cette vidéo (ou pour ceux qui n'arriverait pas à visionner la vidéo), on comprend alors que "le chamane fait le lien entre le monde des humains et le monde des esprits. Les esprits étant des entités responsables du maintien de l'harmonie dans le monde. Lorsqu'on fait quelquechose qui désharmonise ce monde, les esprits vous envoient des alarmes sous forme de problèmes. Or, quand vous avez beaucoup de problèmes, vous savez que vous avez énervé un esprit, mais vous ne savez pas pourquoi vous l'avez énervé. C'est là que le chamane intervient. Il va entrer en transe grâce au son du tambour et aller interroger ce monde des esprits pour connaître la cause de leur colère", et le moyen de l'apaiser.

Mais qui sont ces esprits ?

Ils sont en fait l'âme ou la force vitale de tous les êtres vivants, des éléments naturels et des défunts. Ainsi, chaque rivière, caillou, arbre, montagne, la terre, les défunts, les plantes, et les animaux en tout genre représentent un esprit.
Les respecter permet de vivre en harmonie, et un manque de respect risque de vous pourrir la vie ; ainsi par exemple couper un arbre ou creuser la terre ne doit être fait qu'en cas d'extrême nécessité et doit être accompagné d'une "prière" afin d'apaiser les esprits meurtris.

YggdrasilAinsi les Tsaatans (ethnie mongole du nord, éleveurs de rennes) n'utilisent que du bois mort pour le foyer, et versent de la poudre d'encens dans les trous laissés par les montants de l'urtz, leur tipi : "la terre est vivante, creuser son sol entaille sa peau, souiller les rivières salit son sang, couper des racines sectionne ses veines. Toutes ces blessures doivent être réparées, sous peine d'énerver les esprits. O Terre Mère, veuillez nous pardonner de vous avoir blessée. Je vais réparer cette offense en vous offrant de l'encens, et en rebouchant chacun des trous que nous avons faits dans votre peau..."

Le cosmos du chaman mongol est constitué d'un ciel éternel bleu au-dessus de la Terre-Mère, en une structure verticale. Le Père des cieux domine 99 royaumes dont 55 à l'ouest et 44 à l'est. La totalité forme un arbre cosmique dont les branches s'étendent à tous les niveaux. Il y a des trous entre chaque niveau, qui permettent au chamane de passer d'un niveau à l'autre.

A noter que cette notion d'arbre cosmique apparait chez de nombreux peuples, tels les Perses, les Scandinaves, les Slaves et les Germains. Les rituels chamaniques observés d'ailleurs en Sibérie et en Scandinavie sont assez proches de ceux exercés en Mongolie.

Dans les livres de Corine, il est indiqué que ces 99 cieux animés par l'esprit du Ciel (Burkhan tenger) se répartissent en 3 mondes :
- le monde du ciel (Burkhan tenger)
- le monde des rivières et des montagnes, animés par l'esprit des rivières les lus savdag,
- le monde de la terre, animés par les khangai delkhii, les esprits de la terre.

Comment il fait le chamane ?khomus_altai

Afin de parler aux esprits, le chamane doit entrer en transe. En Mongolie, il provoque la transe uniquement grâce au son du tambour. Les esprits sont appelés avec la guimbarde (en photo ci contre).

DSC04585bis Une fois que l'esprit arrive, cela devient comme une conversation à deux. C'est là que le chamane pourra poser ses questions. L'esprit arrive souvent sous la forme d'animaux comme le loup, l'ours, l'oiseau.. Il va dire au chamane que la personne née telle année va avoir tel problème.. Le chamane répète alors tout en détail aux gens qui assistent à la cérémonie. Il se peut que l'esprit soit sévère et veuille se venger, alors le chamane va l'inviter à venir s'asseoir et à manger les offrandes apportées. Alors l'esprit se calme, mange les offrandes et finit par donner au chamane le rituel à suivre pour que les personnes assistant à la cérémonie obtiennent les réparations qu'elles sont venues chercher. Après la cérémonie, les personnes seront invités à finir les restes de l'esprit, nourriture et boissons alors chargées d'énergie.

Outre le tambour, le chamane a d'autres accessoires comme la guimbarde et des petites poupées en lanières de tissu tous deux supports symboliques à travers lesquels se manifestent les esprits ; il a également le miroir ou encore 41 petits cailloux pour prédire l'avenir.

Le costume du chamane et son tambour ont été minutieusement confectionnés lors de l'initiation du chamane. Le tambour de Corine par exemple fait 80 cm de diamètre sur 20 d'épaisseur. Il est en peau de biche de 3 ans, l'armature est en bois de mélèze d'une partie de l'arbre bien spécifique et connue seulement de l'artisan habilité à fabriquer les tambours chamaniques. Des grelots de métal sont disposés à l'intérieur dans lesquels les esprits manifesteront leur présence. Le battoir qui sert à frapper le tambour est en forme de poisson, en bois de mélèze et recouvert d'une peau de chèvre sauvage d'un côté. le centre est évidé et traversé par une barre de métal sur laquelle coulissent 9 anneaux de métal représentant les esprits de l'océan.
Un tambour chamanique est considéré comme trésor national, et ne peut quitter le sol mongol. Corine a dû obtenir une autorisation exceptionnelle pour avoir le droit d'emmener le sien à l'étranger. Détruire ou abîmer le tambour d'un chamane est un acte extrêmement grave, qui a hélas été maintes fois répétés lors des purges soviétiques.

Le costume est tout aussi compliqué à confectionner : Le chapeau, SANY0262avec des plumes de coqs de bruyères, a des franges qui tombent devant les yeux du chamane, pour ne pas qu'il soit effrayé par certains esprits méchants qu'il peut rencontrer dans ses transes. Les neuf couleurs dans lesquelles le costume est taillé symbolisent les teintes des saisons (marron, bleu, bleu foncé, gris, vert, jaune orangé, bordeaux, violet, blanc). Ensuite, 99 bandes de 3 cm de large dans chacune de ces 9 couleurs seront cousues sur le costume. Ces bandes représentent les 99 cieux du monde chamanique, i.e tous les éléments de la nature : le vent, la pluie, la neige, l'hiver, le ciel, la terre, l'été... Par la suite, d'autres bandes de tissus torsadés seront également cousus sur le costume représentant tous les esprits contactés pendant les transes.

Qu'est ce qui se passe pendant la transe ?

Les chamanes mongols utilisent le son du tambour pour rentrer en transe. La transe est un état psycho-physiologique particulier, un "état second", un état modifié de conscience càd différent de l'état de conscience ordinaire.
Comme l'indique Corine dans sa vidéo, les effets perçus de la transe sont la perte de la notion d'espace et de temps, la diminution de la perception de la douleur, l'accroissement des forces physiques, et les visions. A travers ces visions, Corine arrive à percevoir des "endroits" dysharmonieux. Lorsqu'elle en perçoit, elle se met à émettre des sons, langages et chants inconnus qui, lui semblent-elle, vont pouvoir ré-équilibrer ces "espaces", et ainsi réparer les problèmes.
Le tracé de son électroencéphalogramme (EEG) pendant une transe porte les caractéristiques à la fois de trois pathologies graves différentes (dépression grave, schyzophrénie, troubles maniaques)... Donc effectivement, il se passe bien quelque chose de bizarre au cerveau pendant ces transes.

Et pour les spectateurs, c'est un véritable show ! La première fois qu'elle entend le son du tambour, Corine se met à trembler, à faire des mouvements de plus en plus violents et se met à hurler comme un loup. Elle renifle, souffle, crache...
Une transe peut être si violente qu'un chamane est obligatoirement accompagné d'un assistant, son tushig. L'assistant est là pour tenir le chamane pour ne pas qu'il tombe ou se brûle sur le poêle.

On a compris que la transe permet au cerveau humain de percevoir le monde différemment, mais il y a des choses qui me troublent encore. Premièrement, c'est que chaque chamane semble avoir son propre "animal-totem", ainsi Corine se transforme en loup, sa chamane formatrice en corbeau, un autre en hibou.. Chacun de ces animaux est certainement porteur de caractéristiques spécifiques, mais pourquoi un animal ? Pour Enkhetuya, la chamane formatrice de Corine, qui vit sous un tipi à élever des rennes au beau milieu de nul part, on pourrait comprendre que les animaux, partie intégrante de sa vie, puisse l'aider. Mais Corine ? Et un loup en plus ? Vous avez déjà vu un loup à Paris ? Un pigeon, d'accord.. Mais un loup, c'est troublant...
Autre détail troublant et qui a également interpellé Corine, c'est qu'il semblerait qu'elles perçoivent les esprits de la même façon que les chamanes mongols. Ainsi elle voit un vieux monsieur au sommet d'une montagne, ce qui est bien la façon dont les autres chamanes mongols se représentent l'esprit de la montagne. Alors qu'elle ne partage absolument pas les mêmes traditions, la même culture, le même environnement que les mongols, elle perçoit pourtant le monde dans ses transes de la même manière que les mongols chamanisant... Les mondes chamaniques existent-ils vraiment ?

Et ça marche au moins tout ça ?

Et bien, pour connaître la réponse, je vous conseille de lire les livres de Corine. Les résultats sont assez troublants, il faut bien le dire...

En Mongolie, il est courant d'aller consulter son chamane que ce soit pour réparation, ou même pour divination. Même dans les immeubles de la capitale Oulan Bator, il n'est pas rare d'entendre le son du tambour. Et je connais plusieurs mongols d'un niveau social et financier élevé, très occidentaux, qui n'hésitent pas à aller se farcir 700 km pour aller écouter les recommandations de leur chaman préféré.

J'ai eu la chance d'assister à une cérémonie avec Enkhetuya justement, la "prof" de Corine. Mais hélas, j'ai été un peu déçue... Je m'attendais à ce que le son du tambour m'assourdisse et que ses vibrations me chatouillent le corps. Je n'espérais pas me transformer en loup comme Corine, ni même en limace, mais au moins que ça me fasse un petit quelque chose d'émouvant. Et bien non, le son me parvenait étrangement très sourd, très éloigné, comme si jétais à des kilomètres et non à quelques centimètres du tambour.
Et puis, je trouvais que l'ensemble faisait un peu charlatan à la fin. En effet, après la cérémonie, seul son assistant parlait pour dire ce qui s'était passé ; Ce que je trouve assez étrange puisque ce n'est pas lui qui effectue le voyage mais bel et bien le chamane ; comment pouvait-il savoir ce que les esprits avaient dit au chamane ? L'assistant d'un chamane est la personne qui est chargée (en gros) de la sécurité du chamane, faire en sorte qu'il ne se blesse pas durant la transe...
Et enfin, la transe d'Enkhetuya n'avait rien d'extraordinaire, comparée aux transes de Corine décrites dans ses livres. Elle est restée assise durant toute la transe, en bougeant la tête et parfois le corps de gauche à droite mais sans grands mouvements brusques... Le corbeau d'Enkhetuya serait-il moins farouche que le loup de Corine ? :=)
Tsooj, quant à lui, ne m'a pas permis de comprendre grand chose (il ne comprenait lui-même pas grand chose). La seule chose importante pour lui à retenir de cette soirée, c'est que la différence d'âge entre Enkhetuya et son nouveau mari (également son assistant) est franchement bizarre. "Mais comment il fait avec une femme aussi vieille ?". Quel rabat joie celui là ! :=)

Le seul moment émouvant était lorsqu'une des clientes d'Enkhetuya s'est mise à fondre en larmes dés les premiers coups de tambour. Cette jeune dame, pourtant également chamane, était venue consulter Enkhetuya car ne voulant plus faire de cérémonies et ayant donc arrêté, les esprits étaient en colère. J'avais l'impression que ses larmes lui enlevait un grand poids sur son âme, comme si enfin elle allait pouvoir se reposer.
La soirée fût tout de même exceptionnelle : dans la nuit, au milieu de nulle part, dans un tipi bondé de mongols et parfumé à l'encens, avec une chamane en costume et tambour qui dit plein de trucs bizarres et qui fouettent certains de ses clients...Je me suis tout de même sentie privilégiée d'y assister.

Comment on devient chamane ?

Déjà, ne devient pas chamane qui le veut. Pour cela, il faut avoir été choisi par les esprits. Généralement, les personnes ne sont même pas au courant de leurs "pouvoirs". Il leur arrive pas mal de gros problèmes, ou des crises d'épilepsie, quelque chose de ce genre. Alors, ils consultent un chamane pour savoir la cause de leur problème et c'est là qu'on leur apprend qu'ils doivent suivre une initiation chamanique.

Les femmes comme les hommes peuvent être chamanes, et c'est souvent une question de descendance, donc héréditaire.

Les années soviétiques et le tourisme... la fin des traditions ?

Les croyances ne font pas bon ménage avec l'idéologie communiste. Et durant ces années soviétiques en Mongolie, les chamanes ont été persécutés avec autant d'ardeurs que les moines bouddhistes. Obligés d'exercer dans le plus grand secret ou d'arrêter de chamaniser par peur des dénonciations, les chamanes ont eu du mal à garder leurs traditions intactes toutes ces années.

Depuis que la Mongolie est sortie du soviétisme dans les années 90, le chamanisme n'a cessé d'être de nouveau sur le devant de la scène. Et depuis quelques années, on assiste même à la télé mongole à des télé-réalités où un chamane doit retrouver grâce à ses pouvoirs un objet dans une maison en ruine ou une voiture dans les rues de la capitale... On en est à la vulgarisation du chamanisme en somme.

Après ces 70 années soviétiques où chamaniser était synonyme de peine de mort, les traditions ont donc bien évidemment été mises à mal. Mais, lorsque les rites ont été de nouveau acceptés à l'ouverture du pays, l'arrivée du tourisme n'a hélas rien arrangé. L'argent est tellement plus facile à gagner avec les touristes, même si finalement cela oblige à bousculer certaines traditions...
Enkhetuya en a fait les frais, comme le raconte Corine dans son livre "Les esprits de la steppe". On y découvre à travers la vie d'Enkhetuya les effets du soviétisme, puis du tourisme. Heureusement que toutes ces traditions et modes de vie sont couchées sur le papier, on espère ainsi qu'elles ne seront pas oubliées.

"Enkhetuya ne comprenait plus rien à sa vie. Elle avait pourtant tout fait pour satisfaire les rêves des siens. Télés, paraboles, motos, yourtes, mais rien ne semblait les combler. Ses enfants étaient devenus paresseux, son mari alcoolique. (...) Je ne regrette rien, a t-elle dit en fixant la surface du lac, rose pâle. Mais elle devait reprendre le contrôle de sa vie. (..) Dans un soupir, elle a lancé son Ahyayayaya, en faisant pivoter sa tête de froite à gauche. Tout avait changé si vite."

Pour aller plus loin :

- De l'ombre à la lumière, de l'individu à la nation: Renouveau du Chamanisme en Mongolie postcommuniste. Thèse publiée de Laetitia Merli.

- Reindeer people: Living with Animals and Spirits in Siberia. Piers Vitebsky.

- Le chamanisme et les techniques archaïques de l'extase. Mircea Eliade. 2e édition 1968. Le livre peut être téléchargé gratuitement sur le net.

- La chasse à l'âme. Esquisse d'une théorie du chamanisme sibérien. Roberte Hamayon. 1990. Trouvé aussi gratuitement sur le net.

- Tour d'horizon des trois livres de Corine sur le chamanisme en Mongolie. Elle a écrit d'autres ouvrages, je vous conseille de la suivre sur son site www.corinesombrun.com

couv02Après la découverte de l'Amazonie, racontée dans Journal d'une apprentie chamane, Corine Sombrun part pour la Mongolie, guidée par un rêve étrange. Là, elle apprend avec stupéfaction qu'elle possède des aptitudes au chamanisme. Dans ce nouvel ouvrage, elle témoigne de l'extraordinaire initiation, inédite pour une Occidentale, dont elle a bénéficié. Adoptée par la famille d'Enkhetuya, la chamane chargée de lui enseigner son art, elle doit d'abord s'acclimater à la rude vie de la tribu Tsaatane avant de parvenir à communiquer avec les esprits. Elle découvre alors l'élevage des rennes, la vie sous le tipi, le froid, la promiscuité, et surtout l'humanité chaleureuse d'une vie sans artifice. Pendant deux ans, elle va suivre son propre chemin initiatique, à la rencontre d'une culture, d'elle-même, et par-delà les limites de la perception, de l'être aimé et disparu, dont le deuil traverse ce récit fascinant. Mon initiation chez les chamanes.

tribulationsparis

 Dans les tribulations d'une chamane à Paris, elle va devoir s'adapter à la réalité citadine occidentale pour continuer ses activités chamaniques à Paris. Sa rencontre avec une ethnopsychiatre, très au fait des dernières découvertes en neurobiologie, va l'amener à saisir la fragile frontière entre logique et crédulité, raison et superstition, et à mieux comprendre ses propres facultés. Ce qui n'empêche cependant pas l'inattendu de surgir...

 

 

 

LesespritsdelasteppeCorine Sombrun évoque ici la vie d’Enkhetuya, la chamane qui l’a formée durant plus de dix ans aux rituels des peuples de la steppe. A la fois document ethnologique et récit biographique, ce livre retrace  une histoire du chamanisme des années 1950 à 2010, avec les résultats du premier protocole de recherche sur la transe chamanique mongole étudiée par les neurosciences dont Corine Sombrun est à l’origine.

Appartenant au peuple des Tsataans du nord de la Mongolie, Enkhetuya est née en 1957 dans la taïga de la région d’Ulaan Uul où ses parents élevaient des rennes, tout en pratiquant leurs rituels en secret (la République populaire mongole, sur le modèle soviétique, interdisant toute pratique arriérée et contraire à l’homme nouveau). Une enfance dure, primitive, autarcique, où elle rêve d’être institutrice. Mais sa mère, d’une lignée de chamanes, découvre vite ses dons. Formée par un grand maître, Enkhetuya devient une chamane puissante aux cérémonies très demandées pour soigner toute maladie ou supprimer les sorts. Quand Corine Sombrun la rejoint, elle vit encore avec sa famille dans un monde protégé de la modernité, où le respect de la nature et des rituels est omniprésent, où la dure vie d’éleveur de rennes est tributaire du climat, des prédateurs et des quotas de production imposés par l’Etat. Les années 2000, l’afflux des touristes, la voiture, la télé et le téléphone vont bouleverser l’équilibre de leur écosystème. Et ce que 70 ans de communisme n’avaient pas réussi à éradiquer, 10 ans d’économie de marché l’accomplit, aucun Tsataan n’échappe plus au dieu argent et à l’ère du marché planétaire.

 

 

Posté par Nattulga à 18:52 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags :