"Amar sain baina uu", sniffff le tabac dans les narines, éclats de rires, pshhh les buuz sont prêts, "sar shindee saikhan shinelj baina uu"...

Tsagaan Sar, le nouvel an mongol, s'est passé cette année le 3 février. Tsagaan Sar signifie "lune blanche" et est célébré le premier jour de la nouvelle année lunaire pour marquer la fin de l'hiver et le début du printemps. Les saisons ne sont effectivement pas tout à fait les mêmes que les nôtres dans le sens où le printemps commencera après Tsagaan Sar (donc entre fin janvier et début mars), et non pas au 21 mars...

Cet évènement surtout familial se passe sur plusieurs jours avec des festivités le jour de la nouvelle lune. Ce jour là, les membres de la famille dans leurs plus beaux atours se rendent visite les uns les autres dans un ordre prédéfini, chacun pouvant recevoir au moins une fois. Les amis proches devront attendre les jours suivants pour se rendre visite et se souhaiter la nouvelle année. SANY0096

Ainsi, nous avons avec Tsooj reçu les membres de sa famille, une quinzaine de personne à servir en thé au lait, en buuz (raviolis farcis à la viande), en petits cadeaux et en verres de vodka... Pour cette occasion, Tsooj et ses parents ont préparés cet hiver 1300 buuz pour nous pendant que je me prélassais en France... Les buuz sont entreposés à l'extérieur et congèlent ainsi tout de suite jusqu'à leur consommation. Nous avons également dressé un 'Ul Buu' à 3 étages, pyramide traditionnelle de gâteaux. 3 étages pour les plus jeunes, 5 étages pour les plus de 40 ans (environ) et 7 étages pour les anciens au dessus de 70 ans. L'intérieur est garni de boortsog et de bonbons. Cette pyramide devra être défaite 3 jours après Tsagaan Sar, les gâteaux peuvent se manger.

C'est aussi l'occasion de rendre hommage aux anciens. En signe de respect, les plus jeunes "embrassent" les plus anciens avec un geste bien particulier (en les prenant par les coudes, paumes ouvertes).

Egalement, les tabaSANY0070btières sont échangées. Elles sont tenues dans la paume tournée vers le haut de la main droite. Une fois échangées, il est possible soit de prendre une pincée de tabac à priser avec une petite cuillère attachée au couvercle, soit de renifler le couvercle légèrement ouvert et le rendre à son propriétaire pour que celui-ci l’échange avec une autre personne de l’assistance. Mais pas de discrimination : les femmes et tous ceux qui n'ont pas de tabatière à échanger se voient quand même offrir la possibilité de priser avec le même cérémonial. De par mon expérience, le tabac à priser ressemble un peu à de l'encens à l'odeur, et fait éternuer si pris en trop grande quantité.

Les jours suivants, le même cérémonial à chaque visite : buuz, vodka, beleg (cadeaux)... Les cadeaux sont de petites choses : un billet de 50 à 1000 togrog, une paire de chaussettes, un jeu de cartes, un paquet de cigarettes, une poignée de bonbons ou un petit jouet pour les enfants, etc... Ces petits cadeaux sont offerts avec un petit verre de vodka dans lequel il faut au minimum tremper ses lèvres dedans puis le rendre à celui qui vous l'a tendu (vous êtes souvent sollicités à le boire entièrement). Une fois une bouteille ouverte, l'assistance est souvent invitée à la boire entièrement.

On l'a donc compris, Tsagaan Sar est une fête familiale où on boit et on mange toute la journée. et où on reçoit des cadeaux. Pas trés loin de notre Noël finalement :=)
L'inconvénient est que Tsagaan Sar est aussi l'occasion à tous ceux qui ont la bouteille facile de boire un verre gratis. Les jours suivants, c'est défilé de mecs bourrés intéressés uniquement par le verre de vodka. Et comme Tsooj est parti le lendemain de Tsagaan Sar en randonnée avec Miguel et Agustin, deux touristes espagnols, je me suis retrouvée toute seule avec Naraa pour affronter cela. Malgré les nombreux allers-retours de ma belle-mère inquiète, je n'ai eu à supporter (en plus de ma belle-mère) que deux ou trois soifards. Mais il est vrai que ce n'est pas une épreuve sympathique, certains mongols ont l'alcool méchant... Tsooj m'avait dit de ne pas faire de buuz pour les faire partir plus vite et de dire qu'il n'y avait pas de vodka. Cela a fonctionné, ils sont partis rapidement sans faire d'esclandres. Juste le temps de foutre un peu les jetons quand même un peu...

Tsagaan Sar est maintenant fini. Tsooj était fière (et stressé) d'accueillir pour la première fois sa famille. Agustin Amaro, un de nos participants espagnols, est devenu photographe officiel de Tsagaan Sar pour la famille Bayarsaikhan, vous en retrouverez certaines dans cet album : Picasa.

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23e article des aventures de Naraa, maman Nat et papa Tsooj.

Naraa est née le 1er mai 2010. Son prénom mongol, Narantuya, signifie rayon de soleil. Issue de deux cultures très différentes, elle est née à Paris, mais à l'aube de ses deux mois de vie, elle part rejoindre les vertes steppes de Mongolie avec sa maman française Nathalie et son papa mongol Tsooj. Randonnée en Mongolie, voyage en Chine... C'est à travers ce blog que nous tâcherons de vous rapporter les évènements majeurs de cette aventure