La toute première rencontre entre Naraa et ses grands-parents mongols.. Cela fait tellement longtemps que je dois écrire ce post... Cela remonte à juillet 2010.. Au 11 juillet 2010 plus exactement, jour de Naadam à Hatgal.

Naraa a deux mois et demi. Ils ne l'ont vu qu'en photo. Nous arrivons en mini-van dans l'effervescence d'un jour de Naadam. Pour le Naadam, festival mongol ou J.O. mongol comme j'aime l'appeler, chaque ville de Mongolie organise des courses de chevaux (montés par des enfants), de la lutte mongol, des compétitions de tir à l'arc, etc... Il y a des voitures et des enfants qui courent partout, des yourtes ont été montées à la va-vite pour vendre des huushuur (beignets à la viande), on entend au loin un gars au micro clamer les victoires et défaites passées de chaque lutteur, des cavaliers passent au galop...
Nous garons la voiture, Grand-mère Tsooj et Grand-père Tsooj sont déjà là... Impatients même s'ils ne le montrent pas... La porte s'ouvre, je descends et je présente Naraa à Belle-Maman. Et la voici toute fière, ravie... Elle nous dit de la suivre.. Du haut de ses 1m50, elle trottine vite avec Naraa dans les bras... Elle nous emmène dans la yourte qu'ils ont dressé pour faire les huushuur.. Les soeurs et tantes de Tsooj sont toutes là. On me dit de m'asseoir au fond. Belle-maman me tend un bol de thé au lait, puis des bortsoog. Le tout dans un cérémonial empreint d'émotion. J'avais déjà rencontré sa famille, mais revenir en belle-fille avec le bébé de leur fils aîné dans les bras est une autre paire de manche...

Ambiance : Séquence émotion, petite musique de fête...

P1000585BIS

Mais tout d'un coup, la musique s'arrête. Bruit de vitre qui se brise... Une vision me glace... Je deviens blanche... Tsetseg, la petite soeur de Tsooj, s'est mise à allaiter Naraa à moins d'1 mètre de moi... Je ne sais ce qui me choque le plus : Naraa aucunement perturbée d'avoir un autre sein dans la bouche, ou le sourire de Tsetseg en train d'allaiter ma propre fille... Naraa peut très bien être élevée par quelqu'un d'autre... Le rapt d'enfant est possible, furtive idée qui passe...

Quelqu'un d'autre aurait donné un biberon à Naraa cela ne m'aurait même pas effleuré, alors pourquoi le sein me paraît-il aussi intime ? A mon sens, allaiter un enfant est bien plus que de le nourrir. C'est aussi une têtine géante consolatrice des moindres maux... Une berceuse...
Sans doute ici, cela n'a pas la même connotation intime et personnelle. Cela est tellement pratique certes d'avoir quelqu'un de la famille qui puisse nourrir l'enfant, en cas d'absence ou de panne de lait...

Bref... Une famille bourgeoise française et une famille de la campagne profonde mongole, forcément choc il devait y avoir... Mais je ne pensais pas que ça ferait baoum au bout de 10 minutes...

Comme plus tard donner le sein à Naraa devenait un sport local (la soeur, la tante..), j'ai prévenu Tsooj que je n'aimais mais alors pas du tout cela, et que ça me gênait profondément. Cela l'a surpris mais il a fait passer le message... Des mois après lorsque Tsetseg essaya de nouveau, c'est Naraa qui s'est (enfin) rebellée et a tourné la tête avec dédain... C'est bien ma fille... Ouf...

P71102387858BISDes clash, il y en aura d'autres au fil des rencontres... Des plus petits, des détails, irritants plus qu'autre chose. Et tous liés à ma Belle-Mère... Caricaturale ma Belle-Mère !
Un matin alors que nous étions logés dans une yourte attenante au domicile familial, Belle-Mère débarque comme toujours avec fracas... Naraa qui têtait, tourne la tête... Et v'là t'y pas que sa grand-mère considérant qu'elle avait fini la prend de mes bras sans mot dire et s'en va chez elle avec la petite... Avec le sourire, s'il-vous-plaît...
Piquer ma fille des bras subitement sans prévenir est devenu son passe-temps semblerait-il car elle le réitérera plus d'une fois... Qu'est ce que ça m'agace...
Puis, je ne comprends pas encore tout, mais il y a souvent des petits piques du style : "et elle a dépensé ceci en viande... elle a acheté 6 oeufs... elle ne doit pas savoir s'occuper du feu... Elle s'y prend mal avec ma petite fille..."
Finalement, ce n'est pas tant les différences culturelles entre les deux pays qui seront difficiles... :=)

Nous habitons le même village. Et prendre la décision de ne pas habiter sur leur enclos a laissé les parents de Tsooj perplexes. Absolument impensable, irréalisable pour mes nerfs que de vivre avec ma P71102457859BISbelle-famille collante sur le dos. En Mongolie, effectivement, les gens se visitent sans crier gare et ne toquent pas à la porte. Ils entrent un point c'est tout, et s'installent. Et ma belle-famille, en plus, vient coller son nez sur mon épaule pour regarder ce que je fais ou pire sur mon sein pour s'assurer que la p'tite tête bien. Lorsque nous avons passé 4 jours chez les beaux-parents en septembre dernier, ils ont passé plus de temps dans notre yourte que chez eux...
Mais malgré la distance de 10 bonne minutes de marche entre nos deux habitations, je les voyais débarquer tous les jours, parfois même trois fois par jour lorsque Tsooj était parti en rando et que j'étais seule avec Naraa. Il a fallu encore une fois que je mette les points sur les 'i'. J'ai demandé à Tsooj de s'imaginer seul dans une pièce pendant 2 heures avec mes parents. Il a compris la situation, et maintenant ça va mieux. Désolès M'man, P'pa... Mais je vous rassure vous n'êtes pas au niveau de ma belle-mère :=)

Les différences culturelles au final pour l'instant ne sont pas tellement bloquantes dans l'éducation de notre fille, sans doute parce que nous mettons Tsooj et moi de l'eau dans notre vin... Il y a bien eu quelques épisodes dans les premiers mois (voir article Petites anecdotes bébéiennes), mais globalement...
Jusqu'à ses 5 mois, un bébé mongol est emmailloté. Tsooj ne l'a pas souhaité plus que ça, et comme il faisait chaud ce n'était pas nécessaire. Nous le faisions lors des nuits froides, et dans le berceau hippo-mobile.
On ne laisse pas un nouveau-né pleurer en Mongolie. Source de bien des débats en France également, cela ne nous a pas trop contrarié de faire à la Mongole ; Tsooj la laisse de plus en plus pleurer soit dit en passant...
Ici, dés qu'ils peuvent bouger, on attache les bébés avec un fil à un barreau du lit. Principalement, pour ne SANY0693BISpas qu'il s'approche du poêle brûlant mais aussi parce que les éleveurs ont autre chose à faire que de surveiller constamment un enfant... Je n'ai jamais aimé ce 'fil', même si c'est sans doute trés reposant. Je n'ai pas de troupeaux à aller traire, je me suis donc refusée à utiliser ce moyen. Cela n'a pas gêné non plus Tsooj car il trouve que Naraa est bien plus éveillée et bien plus rigolote qu'un enfant 'avec fil'.
Un fait qui m'agace : les enfants sont ici gavés de bonbons. Même à Naraa on en donne. Belle-mère s'applique à dépioter le bonbon pour lui fourrer dans la main. Pratique à laquelle j'ai mis fin, mais dés que j'ai le dos tourné, je ne sais pas trop si c'est bien respecté. Alors, je m'applique à bien brosser les 6 quenottes de Mam'zelle tous les jours (enfin presque).
De manière générale, les enfants sont rois. Halhuu, cousin de Naraa, 5 ans (photo ci-contre) a les dents dans un état lamentable, ses dents de lait sont presque toutes tombées quand elles ne sont pas noires. Un jour alors qu'il avait mal et que sa joue était gonflée, il a décrété du haut de ses 5 ans qu'il n'irait pas chez le docteur. Il n'y est pas allé... Anuka, la fille d'un ami, se roule par terre de rage tant qu'elle n'a pas obtenu ce qu'elle veut. J'en ai déjà parlé avec Tsooj qu'il était hors de question que notre fille soit une peste...
Nous ne vivons que dans une pièce, et Naraa ne s'endort à cause de la lumière et du bruit que lorsque nous nous couchons aussi, parfois vers minuit. Nous sommes loin des 20h00 français...  Mais elle ne se réveille que vers les 10h00 le lendemain matin, alors moi ça me va tant qu'il y a 10 à 12 heures de sommeil...
Sans doute liée à la campagne, les enfants sont ici beaucoup plus autonomes et plus débrouillards plus tôt. On laissera un enfant de 6 ans effectuer un trajet en taxi-brousse tout seul même si le voyage dure 5 heures ou même 20 heures. De toute façon, il sera choyé par les autres passagers, alors pourquoi s'inquiéter... Bon, ça, on verra plus tard, hein...

Bref, chaque famille a ses habitudes. Je ne saurais d'ailleurs dire dans ces faits ce qui tient de la culture Mongole de ce qui tient des habitudes propres à la famille de Tsooj...

Espérons en tout cas que notre entente avec Tsooj continue comme cela et que la différence culturelle soit une richesse et non une contrainte.

Sur ce, je vous dis à plus tard pour de nouvelles aventures...

SANY0687BIS