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Nous sommes maintenant sur la route entre Olgii et Khovd après nos 14 jours de trek équestre dans le parc national de l’Altai Tavan Bogd. Paysages de haute montagne, glaciers, cols à 3000 mètres, vallées glaciaires, torrents, edelweiss et yourtes kazakhes auront croisés notre chemin.

Un de nos deux chameaux de bât était malade, les reins. Un matin, sur une petite île au bord d’une rivière tranquille, il ne s’est pas relevé. Paix à son âme... Perte sèche pour l’éleveur Atraa, notre guide, on ne récupère rien d’un animal crevé. Il n’a pas l’air trop affecté, il craint surtout la colère de ses parents ; c’était l’unique chameau de sa famille.

Voici nos deux chameaux quelques jours avant le drame... Le premier récupèrera les bagages de son malheureux compagnon aidé par le cheval d'Atraa qui finira le trek à pied...

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Nous partons maintenant pour Ulaanbaatar avec Brutus, notre mini van russe. 1700 km à faire cette fois ci à travers les régions (aimag) de Khovd, Gobi-Altay, Bayanhongor, Ovorhangai et Arhangai. Sans doute plein de nouvelles aventures !
Mais en attendant, voici quelques morceaux choisis dans le désordre de notre randonnée à travers les monts de l’Altai…

Jour 1 de la rando équestre :

L'Altai est riche en témoignages de l'âge de bronze, tumulus, pierres levées, cimetières SANY0657où les tombes sont gardés par des statues humaines, et bien sûr des pétroglyphes... Ils représentent des rennes, des femmes traitant le yak, des chevaux parfois même montés par des cavaliers, le schéma d'un charriot à roues tiré par un renne... Naraa, elle, fait du togogan sur les pierres lisses et inclinés, supports de ces gravures du passé. J'ai honte. Des milliers d'année usées par l'auguste fessier de ma fille... Des imbéciles de notre siècle ont gravés leurs initiales ou des phrases dignes des murs de toilettes publiques style 'I was here' ou 'My name is...'. Peut-être que dans des milliers d'années, ces graffitis du 21è siècle seront considérés comme de l'art... Quel héritage, c'est désolant...

Le soir, non loin de ces pétroglyphes, lors du dîner, un loup solitaire a fait son apparition... Il marchait tranquillement non loin de nos tentes, jusqu'à ce qu'un bruit imperceptible plus loin lui fasse faire demi-tour. Il n'avait pas peur et c'était saisissant de le voir d'aussi près. Nos deux guides mongols, Atraa et Bayanaa, et Tsooj prétendaient qu'il devait être bourré de s'approcher ainsi des hommes sans peur aucune...

Quelques unes des statues humaines et pierres levées nombreuses dans les parages...

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Jour 6 de la rando :

Alors que nous étions à cheval, tous on se posait la même question : mais où ce chemin nous mène t-il ? Vraisemblablement, un cul de sac... Devant nous, à gauche et à droite, une montagne énorme de schiste. Où passer ? Imperturbables, nos guides nous font descendre de cheval une fois arrivés au pied de cette montagne. Un chemin serpente sur la côte raide et glissante de graviers... Sans doute un chemin pour les chèvres ! Comment monter cela sans se casser la tête ou se faire marcher dessus par notre cheval tenu en longe derrière nous ?
En fait, le chemin s'avèra finalement bien tracé et sûr, mais... 200 m de dénivelé en moins de 30 minutes et nous sommes allés cracher nos poumons en haut. Mais la vue est pas mal... NB : Tsooj lui est monté à cheval, moins dangereux avec Naraa selon lui...

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Dernier jour de la rando équestre (nous étions déjà de retour sur la route en voiture)

L'Altai regorge certes de pétroglyphes mais aussi de marmottes... Elles sont énormes. Cela fait comme un pachyderme qui se déplace quand elles courent. Et certaines se prélassent au soleil sur le dos, bras écartés comme si elles étaient à la Baule... Ici, bizarrement, elles ne semblent pas avoir trop peur des humains et on peut les voir de près avant qu'elles ne daignent rejoindre leur terrier. J'avais posé la question à nos guides : pourquoi ici ne sont elles pas aussi craintives et habitent elles aussi proche des yourtes ? Cri d'indignation de Tsooj lorsqu'ils nous expliquèrent que les kazakhes ne mangent pas la marmotte, et qu'elles n'ont donc pas de crainte à avoir de l'homme. Tsooj comme tout bon mongol adooooooore la viande de marmotte.
Et sur la route, au moment de choisir notre camp, deux marmottes s'échappent à notre approche. Mais l'une reste coincée à l'entrée de son terrier (en fait celui d'un écureuil des steppes, elle devait être bourrée)... Tsooj arrête la voiture, Florimond se précipite dehors et attrape les deux pattes arrières de la grosse bestiole, Tsooj se précipite avec un cric en main et tente de la maintenir en place, Florimond sort son couteau et tente de la poignarder mais elle se débat et essaye de les mordre à pleines dents. Plusieurs coups de couteaux seront hélas nécessaires... La pauvre marmotte criait de peur et de douleur... Annick, Pauline, moi et Naraa étions restés dans la voiture, bouche bée et horrifiées par le spectacle sanglant. "Mais ils ne vont pas la tuer quand même !".
Aux cris de la marmotte ensanglantée, Naraa pleura beaucoup. J'ai dû lui donner le sein pour la calmer. Je suis maintenant presque certaine que les bébés 'parlent' animaux... Aux cris de douleur et de peur de la marmotte, Naraa pleure. Aux cris d'un petit chevreau cet hiver seul attaché dans la yourte et qui cherchait désespérément sa mère, Naraa pleurait systématiquement. Mais devant les bêlements des chèvres à la traite, les hennissements des chevaux, ou même les cris d'agacement du chameau lorsqu'on le bâte, Naraa ne pleure pas... Sacré compréhension des émotions...

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Sinon, y'a pas à dire, je n'aime toujours pas la viande de marmotte. Cela a le goût du poisson fumé... Et pour une bestiole qui ne fout jamais les pieds dans l'eau, c'est quand même très bizarre... Sans compter que c'est quand même par la consommation de la marmotte que la peste se propage encore parfois en Mongolie... Bon.. si je vois des bubons pustuler sur Tsooj ou Florimond, je m'enfuis avec Naraa en courant, promis... ;=)

Jour 4 de la rando :

Un jour après le passage d'un petit col où le vent soufflait fort, un beau spectacle nous attendait :  deux glaciers et les sommets de leur montagne sous la brume. Mais vite, le temps se dégrada encore plus, et de petits flocons de neige tombèrent. Puis la température dégringola très vite. Maintenant il neige fort. Tout le monde baisse la tête et marche en silence. Le froid est saisissant. Les doigts s'engourdissent. Les pieds sont gelés, on bouge les orteils pour voir s'ils sont encore vivants. La neige colle à la deel (costume mongol). On n'ose relever la tête, de toute façon on n'y voit rien, la brume et les flocons seuls en silence nous recouvrent. Marche silencieuse dans un paysage de glace. Je me retourne... Naraa est blottie contre son père, elle est couverte de neige. Elle dort pour l'instant... 2 pulls, un imper, une deel, 2 pantalons, grosses chaussettes et bottes mongoles, mais est-ce suffisant ?

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Enfin on s'arrête pour monter le camp. Les tentes sont montées en vitesse. Naraa s'est réveillée, elle grelotte. Ses mains, son visage et ses pieds sont glacés et trempés. Je la change, je la mets sous le sac de couchage et la réchauffe de mon lait. Le soleil enfin renaît et réchauffe vite la tente. J'ai les joues toute rouges, Naraa c'est les oreilles. Les mains se réchauffent. On décide avec Tsooj une sortie et on découvre enfin les environs cachés auparavant sous la brume. On est à 3060 mètres d'altitude. C'est grandiose. Je vous laisse admirer...

Vue de notre tente, quelques minutes après la tempête de neige.

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Le glacier Potanine...

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Naraa à l'assaut du glacier

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Le lendemain, grand soleil et chaleur...

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